voici un super article sur Amy que j ais trouvé super! bonne lecture :)
Nathalie Petrowski
La Presse
Déjà, il y a le nom: Winehouse, un nom qui contient au moins 20 caisses de vin, une douzaine de bouteilles de scotch et d'alcools forts, et plusieurs sachets de substances illicites. Impossible de le nier: Amy Winehouse a un nom prédestiné, hérité de son père chauffeur de taxi et porteur d'un mauvais sort qu'elle aurait pu chercher à conjurer.
Mais la chanteuse britannique née dans une banlieue du nord de Londres et qui a triomphé aux Grammy, dimanche soir, a préféré faire exactement le contraire. C'est ainsi qu'elle est devenue le porte-étendard très sérieusement imbibé de son nom, et qu'elle s'est attiré tous les ennuis de la terre, mais aussi une foule d'admirateurs et de fans.
La première fois que j'ai entendu Amy Winehouse chanter, c'était l'été dernier dans une pub sur RDI. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était un drôle d'endroit pour une première rencontre. En même temps, j'ai immédiatement été frappée par son look d'enfer: le rimmel outrancier, la pièce montée de cheveux au charbon, la minuscule robe de poupée détraquée, autant d'exagérations qui ont retenu mon attention. Et puis en tendant l'oreille, j'ai été envoûtée par le timbre rauque de sa voix et par la mélodie lancinante et accrocheuse de Rehab, son hymne contre les cures de désintoxication.
Alors que toutes les petites Britney de Hollywood et des environs multipliaient cet été les allers-retours en clinique de désintox, Amy, elle, résistait vaillamment, en chantant: «Ils veulent que j'aille en désintox, mais j'ai dit non, non, non.» Le côté frondeur et têtu des paroles était surprenant. Avant Amy, aucune personnalité publique prise en flagrant délit de consommation n'avait osé ainsi inscrire sa dissidence.
De nos jours, la désintox est un exercice de mortification et d'expiation obligatoire, un purgatoire climatisé dont les riches et célèbres ressortent blanchis et prêts à poursuivre leur ascension. Mais Amy, elle, n'en avait rien à cirer de toutes ces simagrées. Non seulement a-t-elle résisté à la désintox, mais au lieu de se reprendre en main, elle a poursuivi avec flamboiement son autodestruction.
Tournées annulées, comas éthyliques, vidéos calamiteuses la montrant en train de se bourrer de crack et d'ecstasy, emprisonnement de son mari aussi fou qu'elle, crises de nerfs, dépressions, hospitalisations, maigreur cadavérique, rien ne semblait à l'épreuve de cette catastrophe ambulante. À un tel point que le jour où Heath Ledger a été trouvé sans vie chez lui, plusieurs commentateurs se sont étonnés que ce ne soit pas Amy Winehouse qui soit morte à sa place.
Dans un tel contexte, sa victoire aux Grammy, où elle n'a pas pu se rendre, a de quoi laisser pantois. Comment une industrie aussi pépère et conservatrice a-t-elle pu couronner cinq fois un tel danger public? Pas besoin de se poser la question longtemps pour comprendre le charme toxique qu'Amy Winehouse semble exercer sur le monde de la musique.
Sa voix, souvent comparée à celle de Sarah Vaughan ou de Billie Holiday, n'est pas étrangère à son succès. Mais une voix n'est rien si elle n'est pas accompagnée d'un supplément d'âme et d'humanité. Dans ce rayon, Amy Winehouse n'a pas de leçons à prendre. Elle vit intensément tout ce qu'elle chante et chante simplement, sans le moindre artifice et sans faire semblant. Les paroles de ses chansons dégagent en plus une honnêteté brutale qui change de la montagne de mièvreries distillées par les chanteuses produites à la chaîne.
Contrairement à ses consoeurs soumises aux diktats de l'industrie, Amy Winehouse fonce dans le tas comme une rebelle, une enfant terrible, un cheval fou et furieux, impossible à dompter. En elle, on voit planer les fantômes de Janis Joplin ou de Jim Morrison et l'esprit rock'n'roll qui les a portés aux nues et tués.
Nous vivons dans un monde de plus en aseptisé, bourré de contrôles et d'interdits, où tous marchent au même pas raisonnable en fuyant la démesure et l'excès. Amy Winehouse a choisi le chemin contraire en multipliant les frasques, les emportements et les pertes de contrôle. Je crois que c'est précisément pour cela que les gens l'aiment. Parce qu'elle se permet ce qu'ils s'interdisent.
Elle est comme une bouffée de monoxyde de carbone dans un monde où l'air trop pur finit par être étouffant. Un jour, si elle continue, elle en mourra. En attendant, elle vit à 200 milles à l'heure, en exerçant sur notre monde lisse et sans aspérités un charme aussi toxique que fascinant.